Lundi 21 mai 2012
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Certains établissements seront bientôt en cessation de
paiement

Malgré la crise, le chantier du BMT de la Timone à Marseille se
poursuit. Ce n’est pas le cas pour le génopole, dont les travaux ont été gelés.
En Grèce, les malades cancéreux achètent eux-mêmes leurs médicaments en pharmacie
et les payent de leur poche. Las d’accumuler les factures impayées, le laboratoire pharmaceutique Roche ne fournit plus les hôpitaux. Le groupe envisage de prendre des mesures similaires contre
d’autres pays, dont l’Espagne.
En France, on n’en est pas encore là. Mais pour combien de temps ? À en croire la
Fédération hospitalière de France (FHF) , qui regroupe plus d’un millier d’hôpitaux publics, les deux tiers des établissements de santé vont sous peu se retrouver en cessation de
paiement. « Pas assez de recettes pour honorer ses dépenses, techniquement cela s’appelle une faillite », simplifie Thierry Acquier, délégué régional de la FHF en Paca. Et
si, statutairement, un hôpital ne peut pas être mis en faillite, les conséquences de cette crise financière se font déjà sentir : partout en France, des chantiers hospitaliers prévus en 2012 sont
à l’arrêt. L’achat d’équipements médicaux a été différé.
Plus inquiétant encore : « Certains directeurs ont du mal à assurer
les dépenses courantes, à payer les fournisseurs et parfois même à verser les salaires des personnels », indique la FHP.
Sous perfusion bancaire
À l’origine de ce « krach » hospitalier, la fermeture du robinet de
financement que représentait la banque publique Dexia, le prêteur historique des hôpitaux démantelé à l’automne dernier pour cause d’empoisonnement aux emprunts toxiques. Depuis, les banques de
détail ne se bousculent pas pour prendre le relais. Laissant sur la paille des hôpitaux publics déjà étranglés par les contraintes budgétaires. Faute de crédit bancaire, il leur manquerait plus
de 2 milliards d’euros cette année, soit 50 % de leurs besoins. Non seulement pour financer les investissements à moyen et long terme, mais aussi pour boucler le fonctionnement
courant. « De nombreux établissements, en déficit structurel depuis des années, avaient recours à l’emprunt pour boucler leur trésorerie », explique Thierry Acquier. Une
perfusion bancaire brutalement retirée avec l’explosion de Dexia.
Stoppé net dans cette fuite en avant, l’hôpital de Briançon, dont le taux
d’endettement est voisin de 20 %, est menacé de banqueroute. Celui d’Aubagne sait déjà que pour être en capacité de verser ses salaires, il ne paiera pas ses charges sociales (lire ci-dessous).
Et quand l’hôpital va mal, rien ne va plus : BTP, fournisseurs, administration fiscale, toute l’économie est ralentie.
Cercle vicieux
Très inquiète de cette situation, la FHF réclame la création rapide d’une banque
publique d’investissement, qui prendrait le relais de Dexia auprès des hôpitaux et des collectivités territoriales. Un dossier qui n’a pas encore reçu le feu vert de Bruxelles. En attendant, la
FHF demande à ses adhérents de ne plus lancer des projets d’investissement qui ne sont pas complètement financés. « Mais cela n’est pas viable dans la durée. Car un hôpital qui
n’investit pas, qui ne rénove pas ses bâtiments, qui n’achète pas de nouveaux équipements court à sa perte », souligne Thierry Acquier.
Si les grosses structures, comme l’AP-HM parviennent à sauver les
meubles, grâce notamment à l’émission d’emprunts obligataires lancés avec d’autres CHU, les petits hôpitaux s’engouffrent dans un cercle vicieux: moins d’investissements, moins de recettes, plus
de dette
: cette spirale pernicieuse qui menace aujourd’hui toute l’économie européenne.
A Aubagne, salaires ou charge : il faut
choisir
Huit mois. C’est le délai moyen de paiement des fournisseurs du centre hospitalier
d’Aubagne. De quoi plomber les trésoreries de ces entreprises, souvent des PME. « La réglementation nous impose de régler nos factures dans les 50 jours. Mais nous ne pouvons pas
faire autrement. Et cela va s’aggraver », explique Alain Teissier, le directeur de l’établissement, qui ne parvient plus à joindre les deux bouts. Faute de crédits bancaires, l’hôpital
a renoncé à des investissements : travaux d’entretien des bâtiments, remplacement d’ascenseurs vieux de 40 ans, renouvellement de certains équipements médicaux. « Cela représente
1,5 million d’euros, ce qui n’est pas une somme faramineuse. Nous avons fait la tournée des banques. Aucune n’a accepté de nous prêter le moindre centime« , fulmine le
directeur.
Mais l’urgence à Aubagne, c’est d’assurer la paye du personnel et d’honorer les
factures des fournisseurs. L’hôpital va devoir différer le versement de ses charges sociales et fiscales. Avec, à la clé, des pénalités de retard qui vont alourdir ses dépenses. Endetté à plus de
8 % de son budget, l’établissement qui ne dispose plus de capacité d’autofinancement, vivait jusqu’à présent sous perfusion bancaire. En 2011, l’hôpital d’Aubagne a néanmoins gagné 4,5 %
d’activité. Mais sans investissement pourra-t-il continuer à faire face à la concurrence féroce de la clinique privée voisine (La Casamance), et à la proximité de l’offre médicale marseillaise
?
Source: Laprovence.com lu sur lesmoutons enragés
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