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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 09:38

Petit cours d’histoire =  L’Impérialisme

 

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Si je le pouvais, j’annexerais les planètes.

Cecil Rhodes,

The Last Will and Testament of Cecil Rhodes, 1902

 

 

Entre 1884 et 1914, trois décennies séparent le XIXe siècle, qui s’acheva par la mêlée pour l’Afrique et par la naissance de mouvements annexionnistes comme le pangermanisme, et le XXe siècle, qui commença avec la Première Guerre mondiale.


C’est le temps de l’impérialisme, accompagné d’un calme plat en Europe, et d’évolutions saisissantes en Afrique et en Asie1.

Il se dégage de certains aspects fondamentaux de cette période une telle similitude avec les phénomènes totalitaires du XXe siècle qu’on pourrait, non sans raison, y voir l’étape préparatoire des catastrophes à venir. D’un autre point de vue, son calme la place encore tout à fait dans le XXe siècle.

Il est difficile de ne pas observer ce passé si proche de nous, et cependant étranger, avec le regard trop averti de ceux qui connaissent déjà la fin de l’histoire et savent qu’elle devait aboutir à une rupture quasi totale dans le flux ininterrompu de l’histoire occidentale telle que l’homme l’avait connue durant plus de deux millénaires.


Mais nous devons également avouer une certaine nostalgie de ce qu’on peut encore appeler un « âge d’or de la sécurité», d’un âge, en tout cas, où l’horreur elle-même demeurait dans les limites d’une certaine modération et sous le contrôle de la respectabilité, et pouvait de ce fait relever d’un monde apparemment sain d’esprit.
En d’autres termes, ce passé a beau être très proche de nous, nous sommes parfaitement conscients que notre expérience des camps de concentration et des usines de mort est aussi éloignée de son atmosphère générale qu’elle l’est de toute autre période de l’histoire occidentale pour l’Europe, l’événement majeur de l’ère impérialiste sur le plan de la politique intérieure fut l’émancipation politique de la bourgeoisie, jusque-là seule classe dans l’histoire à avoir obtenu la domination économique sans briguer l’autorité politique. La bourgeoisie s’était développée dans et en même temps que l’État nation, lequel régnait pour ainsi dire par définition sur et au-dessus d’une société de classes. Même quand la bourgeoisie se fut d’ores et déjà instituée en classe dirigeante, elle laissa à l’État toutes les décisions d’ordre politique.


C’est seulement au moment où la structure de l’État nation se révéla impropre à permettre à l’économie capitaliste de poursuivre son expansion que l’État et la société passèrent du conflit latent à la guerre ouverte pour le pouvoir. Au cours de la période impérialiste, ni l’État ni la bourgeoisie ne l’emportèrent nettement Les institutions nationales résistèrent bel et bien à la brutalité et à la mégalomanie des aspirations impérialistes, et les tentatives de la bourgeoisie de se servir de l’État et de ses instruments de violence à ses propres fins économiques ne -réussirent jamais qu’à moitié. Les choses changèrent lorsque la bourgeoisie allemande décida de tout miser sur le mouvement hitlérien et chercha à gouverner avec l’appui de la populace, mais il était trop tard. La bourgeoisie avait certes réussi à détruire l’État, mais c’était une victoire à la Pyrrhus: la populace se révéla parfaitement capable de régler les questions politiques toute seule, et elle liquida la bourgeoisie en même temps que toutes les autres classes et institutions.


1. L’EXPANSION ET L’ÉTAT-NATION


«L’expansion, tout est là», disait Cecil Rhodes, et il sombrait dans le désespoir, car chaque nuit il voyait au-dessus de lui « ces étoiles [...] ces vastes mondes qui demeurent toujours hors d’atteinte. Si je le pouvais, j’annexerais les planètes2». Il avait découvert le moteur de l’ère nouvelle, l’ère impérialiste: en moins de vingt ans, l’Empire britannique devait s’accroître de 12 millions de km2 et de 66 millions d’habitants, la nation française gagnait 9 millions de km2 et sa population 26 millions d’individus, les Allemands se taillaient un nouvel empire de 2,5 millions de km2 et de 13 millions d’indigènes et la

Belgique, grâce à son roi, hérita de 2,3 millions de km2 et d’une population de 8,5 millions d’individus3. Pourtant le même Rhodes reconnaissait aussitôt dans une lueur de sagesse la folie inhérente à un tel principe, en totale contradiction avec la condition humaine. Naturellement, ni la clairvoyance ni la tristesse ne modifièrent sa ligne de conduite politique. Il n’avait que faire de ces lueurs de sagesse qui le transportaient à tant de lieues des facultés normales d’un homme d’affaires ambitieux, doté d’une forte tendance à la mégalomanie.


“Une politique mondiale est à la nation ce que la mégalomanie est à l’individu4 ”, disait Eugen Richter (leader du parti progressiste allemand) à peu près au même moment de l’histoire. Toutefois, en s’opposant au sein du Reichstag à la proposition de Bismarck d’aider financièrement les compagnies privées à établir des comptoirs commerciaux et maritimes, Richter montra clairement qu’il était encore moins capable de comprendre les impératifs économiques d’une nation de son temps que Bismarck lui-même. Les hommes qui combattaient ou ignoraient l’impérialisme – tels Richter en Allemagne, Gladstone en Angleterre ou Clemenceau en France – semblaient avoir perdu tout contact avec la réalité et ne pas se rendre compte que les besoins du commerce et de l’industrie avaient d’ores et déjà impliqué toutes les nations dans la politique mondiale. Le principe national conduisait à une ignorance provinciale et la bataille livrée par la raison était perdue.


Modération et contusion d’esprit étaient les seules récompenses accordées aux hommes d’État qui s’entêtaient dans leur opposition à l’expansion impérialiste. Ainsi, en 1871, Bismarck refusa d’échanger l’Alsace-Lorraine contre certaines possessions françaises en Afrique, pour acheter l’île d’Helgoland à la Grande-Bretagne vingt ans plus tard, en échange de l’Ouganda, de Zanzibar et de l’île de Witu – deux royaumes pour une baignoire, comme le lui firent remarquer, non sans raison, les impérialistes allemands.


Ainsi, dans les années 1880, Clemenceau s’opposa au parti impérialiste français qui voulait envoyer un corps expéditionnaire contre les forces britanniques d’Égypte, pour rendre, trente ans plus tard, les gisements de pétrole de Mossoul à l’Angleterre à seule fin de sauvegarder une alliance franco-britannique. Ainsi, Cromer dénonça la politique de Gladstone en Égypte comme celle d’un homme «à qui l’on ne pouvait confier sans dommage le sort de l’Empire britannique».

Pour ces hommes d’État qui raisonnaient essentiellement en termes de territoire national, il y avait évidemment toutes les raisons de se méfier de l’impérialisme, si l’on excepte qu’il ne se limitait pas à ce qu’ils appelaient des « aventures outre-mer». Par instinct plutôt que par clairvoyance, ils savaient que ce nouveau mouvement expansionniste, pour qui «le gain [...] est la meilleure preuve de patriotisme» (Huebbe Schleiden) et le drapeau national une «carte commerciale» (Rhodes),ne pouvait que détruire le corps politique de l’État nation. L’esprit de conquête et la notion d’empire avaient l’un et l’autre été discrédités non sans raison. Seuls les avaient menés à bien les gouvernements qui, telle la République romaine, reposaient sur le principe de la loi, en sorte que la conquête pouvait se poursuivre par l’intégration des peuples les plus hétérogènes, auxquels était imposée une loi commune. En se fondant sur le consentement actif d’une population homogène à son gouvernement («le plébiscite de tous les jours*5»), l’État nation, en revanche, se voyait privé de ce principe unificateur et, en cas de conquête, contraint d’assimiler au lieu d’intégrer, de faire respecter le consentement au lieu de la justice, c’est-à-dire de dégénérer en tyrannie. Robespierre en était déjà pleinement conscient lorsqu’il s’écriait: «Périssent les colonies si elles nous en coûtent l’honneur, la liberté*».


L’expansion en tant que but politique permanent et suprême est l’idée politique centrale de l’impérialisme. Parce qu’elle n’implique ni pillage temporaire ni, en cas de conquête, assimilation à long terme, c’est un concept entièrement neuf dans les annales de la pensée et de l’action politiques. La raison de cette surprenante originalité –surprenante parce que les concepts vraiment neufs sont très rares en politique – tient tout simplement à ce que ce concept n’a en réalité rien de politique, mais prend au contraire ses racines dans le domaine de la spéculation marchande, où l’expansion signifiait l’élargissement permanent de la production industrielle et des marchés économiques qui a caractérisé le XlXème siècle.


Dans les milieux économiques, le concept d’expansion était parfaitement adéquat puisque la croissance industrielle représentait une réalité effective. Expansion signifiait augmentation de la production existante de biens de consommation et d’usage. Les processus de production sont aussi illimités que la capacité de l’homme à produire pour le monde humain, à l’organiser, à le pourvoir et à l’améliorer. Lorsque la production et la croissance économique commencèrent à ralentir leur rythme, ce ne fut pas tant pour des motifs économiques que politiques, dans la mesure où une multitude de peuples constitués en corps politiques radicalement différents assuraient la production et s’en partageaient les fruits.


L’impérialisme naquit lorsque la classe dirigeante détentrice des instruments de production capitaliste s’insurgea contre les limitations nationales imposées à son expansion économique. C’est par nécessité économique que la bourgeoisie s’est tournée vers la politique: en effet, comme elle refusait de renoncer au système capitaliste – dont la loi implique structurellement une croissance économique constante -, il lui fallut imposer cette loi à ses gouvernements et faire reconnaître l’expansion comme but final de la politique étrangère.

Avec pour mot d’ordre «l’expansion pour l’expansion», la bourgeoisie s’efforça – et elle y parvint en partie – de convaincre ses gouvernements nationaux d’entrer sur la voie de la politique mondiale. La nouvelle politique qu’ils proposaient sembla un moment trouver d’elle-même ses limites et son équilibre naturels, plusieurs nations abordant l’expansion en même temps et dans un même esprit de concurrence. À ses débuts, l’impérialisme pouvait encore se définir comme la lutte d’« empires rivaux», et se distinguer de l’«idée d’empire [qui], dans le monde antique et médiéval, impliquait l’existence d’une fédération d’États, sous la domination d’une hégémonie et couvrant [...] la totalité du monde connu6». Cet esprit de compétition n’était pourtant que l’un des nombreux vestiges d’une ère révolue, une concession au principe national qui prévalait encore et selon lequel l’humanité se présente comme une famille de nations faisant assaut de mérite, ou à la croyance libérale selon laquelle la concurrence se donnerait d’elle-même ses propres limites stabilisatrices et prédéterminées avant que l’un des concurrents ait liquidé tous les autres.

 

Néanmoins, cet heureux équilibre ne fut guère l’aboutissement inévitable de mystérieuses lois économiques mais il s’appuya lourdement sur des institutions politiques, et davantage encore sur des institutions policières destinées à empêcher les concurrents d’user de revolvers. Que la compétition entre des intérêts marchands armés jusqu’aux dents – des «empires» – puisse se terminer autrement que par la victoire de l’un et la mort des autres, voilà qui est difficile à comprendre. Autrement dit pas plus que l’expansion, la compétition n’est un principe politique, et elle ne peut se passer du pouvoir politique, nécessaire aux fins de contrôle et de contrainte.

 À la différence de la structure économique, la structure politique ne peut pas s’étendre à l’infini parce qu’elle ne se fonde pas sur la productivité de l’homme qui, elle, est illimitée.


De toutes les formes de gouvernement et d’organisation des gens, l’État nation est la moins favorable à une croissance illimitée, car le consentement authentique sur lequel il repose ne peut se perpétuer indéfiniment: il ne s’obtient que rarement, et non sans peine, des peuples conquis. Aucun État nation ne pourrait songer à conquérir en toute conscience des peuples étrangers, puisqu’une telle conscience suppose que la nation conquérante ait la conviction d’imposer une loi supérieure à des barbares7. Or la nation considérait sa loi comme l’émanation d’une substance nationale unique, sans validité au-delà de son propre peuple et des frontières de son propre territoire. Partout où l’État nation s’est posé en conquérant, il a fait naître une conscience nationale et un désir de souveraineté chez les peuples conquis, ruinant par là toute tentative authentique de créer un empire. Ainsi la France incorpora-t-elle l’Algérie comme un département de la métropole sans pour autant imposer ses propres lois à une population arabe. Bien au contraire, elle continua à respecter la loi islamique et garantit à ses citoyens arabes un «statut particulier», créant un produit hybride totalement absurde, à savoir un territoire décrété français, juridiquement aussi français que le département de la Seine, mais dont les habitants n’étaient pas des citoyens français.


Les premiers «bâtisseurs d’empire» britanniques, qui plaçaient leur foi dans la conquête en tant que méthode de domination permanente, ne parvinrent jamais à embrigader leurs plus proches voisins, les Irlandais, dans la structure très étendue de l’Empire ou du Commonwealth britanniques; mais quand, après la dernière guerre, l’Irlande s’est vu accorder le statut de dominion et qu’elle a été accueillie comme membre à part entière au sein du Commonwealth, I’échec, pour être moins manifeste, demeura cependant tout aussi réel. Ce pays, à la fois «possession» la plus ancienne et dominion le plus récent, a dénoncé unilatéralement son statut de dominion (en 1937) et rompu tous ses liens avec la nation anglaise lorsqu’il a refusé d’entrer en guerre à ses côtés. Cette politique de conquête permanente de l’Angleterre, qui « échoua simplement à détruire» l’Irlande (Chesterton), n’avait pas tant éveillé le «génie de l’impérialisme qui sommeillait8» en elle que fait naître un esprit de résistance nationale chez les Irlandais.


La structure nationale du Royaume-Uni avait rendu impossibles l’assimilation et l’incorporation rapides des peuples conquis; le Commonwealth britannique ne fut jamais une « République de nations », mais l’héritier du Royaume-Uni, une nation disséminée dans le monde entier. Du fait de cette dissémination et de la colonisation, la structure politique ne fut pas développée mais transplantée; les membres de ce nouveau corps fédéré demeurèrent par conséquent étroitement liés à leur mère patrie commune car ils partageaient un même passé et une même loi. L’exemple irlandais prouve combien le Royaume-Uni était peu apte à élaborer une structure d’empire dans laquelle une multitude de peuples différents pussent vivre ensemble harmonieusement9. La nation anglaise se révéla experte, non à pratiquer l’art des bâtisseurs d’empire romains, mais bien à suivre le modèle de la colonisation grecque. Au lieu de conquérir et de doter de leur propre loi des peuples étrangers, les colons anglais s’installèrent dans des territoires fraîchement conquis aux quatre coins du monde, tout en demeurant membres de la même nation britanniquet10. Reste à savoir si la structure fédérée du Commonwealth, admirablement construite sur la réalité d’une nation dispersée sur toute la terre, sera assez souple pour équilibrer les difficultés inhérentes à une nation qui bâtit un empire, et pour accueillir indéfiniment des peuples non britanniques en tant que «partenaires à part entière» du Commonwealth. L’actuel statut de dominion de l’Inde – statut que, pendant la guerre, les nationalistes indiens ont d’ailleurs carrément refusé – a souvent été considéré comme une solution temporaire et transitoirel11.

 

La contradiction interne entre le corps politique de la nation et la conquête considérée comme un moyen politique est devenue manifeste depuis l’échec du rêve napoléonien.

C’est à cause de cette expérience, et non en vertu de considérations humanitaires, que la conquête a depuis lors été condamnée et n’a joué qu’un rôle mineur dans le règlement des conflits de frontières. L’incapacité de Napoléon à réaliser l’unité de l’Europe sous le drapeau français indiqua clairement que toute conquête menée par une nation conduisait soit à un éveil de la conscience nationale chez les peuples conquis, donc à leur rébellion contre le conquérant, soit à la tyrannie. Et bien que la tyrannie, parce qu’elle n’a pas besoin du consentement, puisse régner avec succès sur des peuples étrangers, elle ne peut se maintenir au pouvoir qu’à condition de préalablement détruire les institutions nationales de son propre peuple.

 

À la différence des Britanniques et de toutes les autres nations européennes, les Français ont réellement essayé, dans un passé récent, de combiner le jus et l’imperium, et de bâtir un empire dans la tradition de la Rome antique. Eux seuls ont au moins tenté de transformer le corps politique de la nation en une structure politique d’empire, et ont cru que «la nation française était en marche [...] pour répandre les bienfaits de la civilisation française»; ils ont eu le désir d’assimiler leurs colonies au corps national en traitant les peuples conquis «à la fois [...] en frères et [...] en sujets – frères en tant qu’unis par la fraternité d’une civilisation française commune, et sujets dans le sens où ces peuples sont les disciples du rayonnement de la France et les partisans de son commandement12 ». Cela se réalisa en partie lorsque des députés de couleur purent siéger au Parlement français et que l’Algérie fut déclarée département français.


Cette entreprise audacieuse devait aboutir à une exploitation particulièrement brutale des colonies au nom de la nation. Au mépris de toutes les théories, on évaluait en réalité l’Empire français en fonction de la défense nationale13, et les colonies étaient considérées comme des terres à soldats susceptibles de fournir une force noire* capable de protéger les habitants de la France contre les ennemis de leur nation. La fameuse phrase prononcée par Poincaré en 1923: «La France n’est pas un pays de 40 millions d’habitants; c’est un pays de 100 millions d’habitants », annonçait purement et simplement la découverte d’une « forme économique de chair à canon, produite selon des méthodes de fabrication en série14». Quand, lors de la conférence sur la paix de 1918, Clemenceau insista sur le fait qu’il ne désirait rien d’autre qu’« un droit illimité à lever des troupes noires destinées à contribuer à la défense du territoire français en Europe si la France venait à être attaquée par l’Allemagnet15 » il ne protégeait pas la nation française contre une agression allemande, comme nous sommes malheureusement désormais en mesure de le savoir, bien que son plan ait été mené à bien par l’Etat major, mais il portait un coup fatal à l’existence, jusque là encore concevable, d’un Empire français16. Face à ce nationalisme désespérément aveugle, les impérialistes britanniques qui acceptaient le compromis du système du mandat faisaient figure de gardiens de l’autodétermination des peuples. Et cela, bien qu’ils eussent fait d’emblée un mauvais usage du système du mandat en pratiquant le “gouvernement indirect”, méthode qui permet à l’administration de gouverner un peuple “non pas directement mais par le biais de ses propres autorités locales et tribales”17. Les Britanniques tentèrent d’échapper à la dangereuse incohérence, inhérente à l’effort d’une nation pour se doter d’un empire, en laissant les peuples conquis livrés à eux-mêmes, tant qu’il s’agissait de culture, de religion et de droit, en demeurant à distance et en s’interdisant de répandre la loi et la culture britanniques. Cela n’empêcha pas les indigènes de s’éveiller à une conscience nationale et de revendiquer leur souveraineté et leur indépendance – bien que l’attitude britannique ait peut-être retardé quelque peu le processus. Mais cela a énormément conforté la nouvelle conscience impérialiste dans le sentiment d’une supériorité fondamentale, et non pas simplement temporaire, de l’homme sur l’homme, des races “supérieures” sur les races “inférieures”. En retour, ce sentiment devait exacerber le lutte des peuples assujettis pour leur liberté et les rendre aveugles aux incontestables bienfaits de la domination britannique. En raison de cette distance observée par des administrateurs qui, “malgré leur sincère respect pour les indigènes en tant que peuple, et même dans certains cas leur amour pour eux (…) comme pour des êtres presque humains, ne pensent pas qu’ils sont ou qu’ils seront un jour capable de se gouverner eux-mêmes sans surveillance18 “, les indigènes ne pouvaient en conclure qu’une chose: c’est qu’on les excluait et qu’on les séparait à tout jamais du reste de l’humanité.


Impérialisme ne signifie pas construction d’un empire, et expansion ne signifie pas conquête. Les conquérants britanniques, ces vieux “briseurs de lois en Inde” (Burke), avaient peu de choses en commun avec les exportateurs de devises britanniques ou les administrateurs des peuples de l’Inde. Si ces derniers s’étaient mis à faire des lois au lieu d’appliquer des décrets, ils auraient pu devenir des bâtisseurs d’empire. Quoi qu’il en soit, la nation anglaise n’en avait cure et ne les aurait guère soutenus. De fait, les spéculateurs animés par l’esprit impérialiste étaient secondés par des fonctionnaires qui voulaient que “l’Africain reste Africain”, cependant qu’une certaine minorité d’hommes qui ne s’étaient pas encore défaits de ce que Harold Nicolson devait appeler leurs “idéaux de jeunesse”19 voulaient aider l’Africain à “devenir un meilleur Africain”20 – quoi que cela pût signifier. Ils n’étaient en aucun cas “disposés à appliquer le système administratif et politique de leur propre pays au gouvernement de population arriérées21, ni à rattacher les vastes colonies de la Couronne britannique à la nation anglaise.


A la différence des authentiques structures d’empire où les institutions de la métropole sont diversement intégrées dans l’empire, l’impérialisme présente cette caractéristique que les institutions nationales y demeurent distinctes de l’administration coloniale, tout en ayant le pouvoir d’exercer un contrôle sur celle-ci. En réalité, la motivation de cette séparation consistait en un curieux mélange d’arrogance et de respect: l’arrogance toute nouvelle des administrateurs allant affronter au loin des “populations arriérées” des “races inférieures”, avait pour corrélat le respect suranné des hommes d’Etat qui, demeurés au pays, étaient fermement convaincus qu’aucune nation n’avait le droit d’imposer sa loi à un peuple étranger. L’arrogance était tout naturellement vouée à s’ériger en mode de gouvernement, tandis que le respect, qui demeurait, lui, totalement négatif, donc incapable d’engendrer le nouveau modèle nécessaire à des peuples appelés à vivre ensemble, ne parvenait qu’à contenir l’impitoyable et despotique administration impérialiste au moyen de décrets.

 

C’est à cette salutaire modération exercée par les institutions nationales et leurs responsables politiques que nous devons les seuls bienfaits qu’il ait été donné aux peuples non européens, malgré tout, de tirer de la domination occidentale. Mais l’administration coloniale n’a jamais cessé de protester contre l’ingérence de la «majorité non avertie» – la nation – qui essayait de faire pression sur la «minorité avertie» – les administrateurs impérialistes – «dans la voie de l’imitation22», autrement dit, dans la voie d’un gouvernement calqué sur les modèles de justice et de liberté en vigueur dans la métropole.

Qu’un mouvement d’expansion pour l’expansion se soit développé dans des États nations qui étaient, plus que tout autre corps politique, définis par des frontières et des limitations à toute conquête possible, voilà bien un exemple de ces écarts apparemment absurdes entre cause et effet qui sont devenus la marque de l’histoire moderne.


L’extrême confusion qui règne dans la terminologie historique moderne n’est qu’un sous-produit de ces disparités. En dressant des comparaisons avec les Empires de l’Antiquité, en confondant expansion et conquête, en négligeant la différence entre Commonwealth et Empire (que les historiens pré-impérialistes ont appelée différence entre plantations et possessions, ou colonies et dépendances, ou encore, un peu plus tard, entre colonialisme et impérialisme23), autrement dit en négligeant la différence entre exportation de population (britannique) et exportation de capitaux (britanniques)24, les historiens se sont efforcés de passer sous silence ce fait gênant: bon nombre des événements importants de l’histoire contemporaine font penser à des souris qui auraient accouché de montagnes.

Devant le spectacle d’une poignée de capitalistes parcourant le globe, tels des prédateurs à la recherche de nouvelles possibilités d’investissement, flattant la soif de profit chez les bien trop riches, et l’instinct du jeu chez les bien trop pauvres, les historiens contemporains voudraient revêtir l’impérialisme de l’antique grandeur de Rome ou d’Alexandre le Grand, grandeur qui rendrait la suite des événements humainement plus tolérable. Le fossé entre la cause et l’effet a été révélé par la fameuse – et malheureusement juste – observation selon laquelle l’Empire britannique avait été conquis dans un moment d’inadvertance; cela est devenu cruellement manifeste à notre époque, où il aura fallu une guerre mondiale pour se débarrasser d’un Hitler, phénomène d’autant plus honteux qu’il est aussi comique. L’affaire Dreyfus avait déjà révélé quelque chose d’analogue quand la nation avait dû faire appel à ses meilleurs éléments pour mettre fin à une bagarre qui avait débuté comme une conspiration grotesque et s’était terminée en farce.


L’impérialisme doit sa seule grandeur à la défaite qu’il a infligée à la nation. L’aspect tragique de cette timide opposition ne vient pas de ce que de nombreux représentants de la nation aient pu être achetés par les nouveaux hommes d’affaires impérialistes; il y avait pire que la corruption, c’est que les incorruptibles fussent convaincus que l’unique voie pour mener une politique mondiale résidait dans l’impérialisme. Comme les nations avaient toutes réellement besoin de comptoirs maritimes et d’accès aux matières premières, ils en vinrent à croire qu’annexion et expansion allaient œuvrer au salut de la nation. Ils furent les premiers à commettre l’erreur de ne pas discerner la différence fondamentale entre les comptoirs commerciaux et maritimes jadis établis au nom du commerce, et la nouvelle politique d’expansion. Ils croyaient Cecil Rhodes quand il leur disait de «prendre conscience que vous ne pouvez pas vivre à moins d’entretenir un commerce avec le monde», « que votre commerce, c’est le monde, et que votre vie, c’est le monde, non l’Angleterre», et qu’en conséquence ils devaient «régler ces questions d’expansion et de mainmise sur le monde25». Sans le vouloir, parfois même sans le savoir, ils devinrent non seulement les complices de la politique impérialiste, mais aussi les premiers à être blâmés et dénoncés pour leur «impérialisme». Tel fut le cas de Clemenceau qui, parce qu’il se sentait si désespérément inquiet pour l’avenir de la nation française, devint «impérialiste» dans l’espoir que les effectifs en provenance des colonies protègeraient les citoyens français contre des agresseurs.


La conscience nationale, représentée par le Parlement et par une presse libre, avait une action réelle et provoquait la rancoeur des administrateurs coloniaux dans tous les pays européens dotés de colonies – aussi bien en Angleterre qu’en France, en Belgique, en Allemagne ou en Hollande. En Angleterre, afin de distinguer entre le gouvernement impérial en place à Londres, contrôlé par le Parlement, et les administrateurs coloniaux, cette influence était désignée sous le terme de «facteur impérial», prêtant de ce fait à l’impérialisme des mérites et des reliquats de légalité que celui-ci mettait tant d’ardeur à détruire26. Le «facteur impérial» se traduisait politiquement par l’idée selon laquelle le «Parlement impérial» britannique non seulement protégeait mais, d’une certaine manière, représentait les indigènes27. Sur ce point, les Anglais se trouvèrent à deux doigts de l’expérience des bâtisseurs d’empire français; toutefois, ils n’allèrent jamais jusqu’à accorder une véritable représentation aux peuples assujettis. Quoi qu’il en fût, ils espéraient manifestement que la nation dans son ensemble pourrait en somme se comporter comme une sorte d’administrateur de biens pour ses peuples conquis, et il faut bien reconnaître qu’elle a invariablement fait de son mieux pour éviter le pire.


Le conflit entre les représentants du «facteur impérial» (qu’il serait plus juste d’appeler facteur national) et les administrateurs coloniaux court en filigrane à travers toute l’histoire de l’impérialisme britannique. On a cité maintes et maintes fois la «supplique» que Cromer, alors gouverneur d’Égypte, adressa en 1896 à lord Salisbury: « Protégez moi des ministères anglais28», jusqu’au moment où, dans les années 20 de ce siècle, le parti ultra-impérialiste s’est mis à blâmer ouvertement la nation et tout ce qu’elle représentait en l’accusant de vouloir la perte de l’Inde. Les impérialistes avaient toujours trouvé profondément irritant que le gouvernement de l’Inde dût «justifier son existence et sa politique aux yeux de l’opinion publique anglaise»; ce contrôle interdisait désormais de prendre les mesures de «massacres administratifs29» qui, aussitôt après la fin de la Première Guerre mondiale, avaient été expérimentées à diverses reprises ailleurs comme méthode radicale de pacification30 et qui auraient certainement pu faire obstacle à l’indépendance de l’Inde.

En Allemagne régnait la même hostilité entre élus nationaux et administrateurs coloniaux d’Afrique. En 1897, Carl Peters fut relevé de ses fonctions dans le sud-est africain allemand et dut démissionner des services gouvernementaux en raison des atrocités commises sur les indigènes. Le gouverneur Zimmerer partagea le même sort. Et, en 1905, les chefs tribaux adressèrent pour la première fois leurs plaintes au Reichstag et obtinrent l’intervention du gouvernement allemand lorsque les administrateurs coloniaux les jetèrent en prison31.


Il en allait de même de la domination française. Les gouverneurs généraux nommés par le gouvernement en place à Paris ou bien étaient l’objet d’une forte pression de la part des coloniaux français, comme ce fut le cas en Algérie, ou bien refusaient carrément d’appliquer en faveur des indigènes les réformes soi-disant «inspirées par la faiblesse des principes démocratiques de [leur] gouvernement32 ». Partout les administrateurs impérialistes voyaient dans le contrôle exercé par la nation un insupportable fardeau et une menace contre leur domination.

Les impérialistes avaient parfaitement raison. Ils connaissaient bien mieux les conditions modernes du gouvernement des peuples assujettis que ceux qui, d’un côté, s’élevaient contre le gouvernement par décrets et contre une bureaucratie arbitraire, et de l’autre espéraient conserver à tout jamais leurs colonies pour la plus grande gloire de la nation.


Mieux que les nationalistes, les impérialistes savaient que le corps politique de la nation n’est pas capable de construire un empire. Ils étaient parfaitement conscients que la marche de la nation et sa conquête d’autres peuples, dès qu’on laisse libre cours à sa propre loi, s’achève avec la prise de conscience de l’identité nationale des peuples conquis et la défaite du conquérant. C’est pourquoi les méthodes françaises, qui se sont toujours efforcées de concilier les aspirations nationales et l’édification d’un empire, ont été beaucoup moins fructueuses que les méthodes britanniques qui, après les années 1880, devinrent ouvertement impérialistes, tout en demeurant tempérées par une mère patrie qui tenait à ses institutions démocratiques nationales.


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Notes :

1 John Atkinson Hobson, Imperialism, 1905 et 1938, p. 19: «Bien qu’on ait décidé de ~ choisir, pour des raisons de commodité, l’année 1870 comme point de départ d’une politique consciente de l’impérialisme, il apparaîtra à tous que le mouvement n’a véritablement commencé qu’au milieu des années 80 [...] à partir de 1884 environ ”

2 Sarah Gertrude Milfin, Rhodes, 1933, p. 138.

3 Ces chiffres sont cités par Carlton J. H Hayes, A Generation of Materialism, 1871-1900,1941, p. 237, et recouvrent la période 1871-1900. Voir également John Atkinson Hobson, Imperialism, p. 19: “En quinze ans, l’Empire britannique s’est agrandi de quelque 6,75 millions de km2, l’Allemagne de 1,8 million de km2 et de 14 millions d’habitants, la France de 6,3 millions de km2 et de 3 7 millions d’habitants».

4 Voir Ernst Hasse, «Deutsche Weltpolitik», Flugschriften des alldeutschen Verbandes, no 5, 1897, p.1.

5 Dans son essai classique Qu’est-ce qu’une nation?, 1882 [H. Arendt se reflète à l'édition anglaise, The Poetry of the Celtic Races, and other Studies, parue en 1896], Ernest Renan insistait sur le consentement véritable, le désir de vivre ensemble, la volonté de préserver dignement l’héritage intact qui a été transmis», comme principaux éléments qui maintiennent la cohésion des membres d’un même peuple de manière telle qu’ils forment une nation.

6. John Atkinson Hobson, Imperialism.

7 Cette mauvaise conscience née de la croyance au consentement comme base de toute organisation politique est parfaitement décrite par Harold Nicolson, Curzon: The Last Phase 1919-1925, 1934, dans son analyse de la politique britannique en Egypte: «La justification de notre présence en Egypte demeure fondée, non pas sur le droit acceptable de conquête, ou sur la force, mais sur notre propre croyance au principe du consentement. Ce principe, en 1919, n’existait sous aucune forme précise. Il a été remis en question de façon dramatique en Egypte par les violents événements de mars 1919

8 Cette mauvaise conscience née de la croyance au consentement comme base de toute organisation politique est parfaitement décrite par Harold Nicolson, Curzon: The Last Phase 1919-1925, 1934, dans son analyse de la p politique britannique en Egypte: «La justification de notre présence en Egypte demeure fondée, non pas sur le droit acceptable de conquête, ou sur la force, mais sur notre propre croyance au principe du consentement. Ce principe, en 1919, n’existait sous aucune forme précise. Il a été remis en question de façon dramatique en Egypte par les violents événements de mars 1919”.

9 Pourquoi les Tudors ne réussirent-ils pas, au début du développement national, à incorporer l’Irlande à la Grande-Bretagne de la même manière que les Valois avaient réussi à incorporer la Bretagne et la Bourgogne à la France, voilà qui demeure une énigme. Il se peut toutefois qu’un processus similaire se soit vu brutalement interrompu par le gouvernement Cromwell, qui considérait l’Irlande comme un gros gâteau à partager entre ses tenants. Quoi qu’il en soit, après la révolution de Crommell, qui eut pour la constitution de la nation britannique une importance aussi cruciale que la Révolution française pour les Français, le Royaume-Uni avait déjà atteint le stade de maturité qui s’accompagne toujours de la perte de cette force d’assimilation et d’intégration que le corps politique de la nation ne possède que dans sa phase initiale. La suite ne fut plus, au fond, que la longue et triste histoire d’une «coercition grâce à laquelle il n’était pas indispensable que le peuple pût vivre en paix, mais qu’il put mourir en paix” (Gilbert E Chesterton, The Crimes of England, p. 60). Pour avoir un aperçu historique de la question irlandaise qui rende également compte des événements récents, on pourra comparer avec l’excellente et impartiale étude faite par Mcholas Mansergh, (Britain and Ireland, 1942).

10 La déclaration que fit James Anthony Froude peu avant le début de l’ère impérialiste est tout à fait caractéristique: «Qu’il soit bien entendu une fois pour toutes que l’Anglais qui émigrait au Canada, au Cap, en Australie ou encore en Nouvelle-Zélande n’était pas déchu de sa nationalité, qu’il restait toujours sur le sol anglais ni plus ni moins que s’il s’était trouvé dans le Devonshire ou dans le Yorkshire, et qu’il demeurerait citoyen anglais aussi longtemps que durerait l’Empire britannique; et si nous dépensions le quart des sommes qui ont été englouties dans les marais de Balaclava à envoyer s’établir dans ces colonies 2 millions de nos concitoyens, cela contribuerait bien plus à développer la force essentielle du pays que toutes les guerres dans lesquelles nous nous sommes englués, d’Azincourt à Waterloo.» Extrait de Robert Livingston Schuyler, The Fall of the Old Colonial System, 1945, p. 280-281.

11 Jan Disselboorn, le célèbre écrivain sud africain, a exprimé sans équivoque possible l’attitude des peuples du Commonwealth sur cette question: «La Grande-Bretagne ne saurait être un partenaire à part entière (que de) ceux qui sont issus de la même souche étroitement alliée [...]. Les parties de l’Empire qui ne sont pas habitées par des races dont on puisse dire cela, n’ont jamais été des partenaires à part entière. Elles ont toujours été la propriété privée du partenaire dominant [...]. Vous pouvez avoir le dominion blanc, ou bien le dominion de l’Inde, mais vous ne sauriez avoir les deux.» (Al. Carthill, The Lost Dominion, 1924.)

12 Ernest Barker, Ideas and Ideals of the British Empire, 1941, p. 4. Voir également les excellentes remarques introductives à l’analyse des fondements de l’Empire français dans The French Colonial Empire (Information Department Papers, n• 25 publiés par le Royal Institute of International Affairs, 1941), p. 9 et suiv. «Le but est d’assimiler les peuples des colonies au peuple français, ou bien, quand la chose n’est pas possible, dans le cas de communautés plus primitives, de les « associer » de telle sorte que la différence entre la France métropole et la France d’outre-mer tende à devenir de plus en plus une différence géographique et non une différence fondamentale. »

13 Voir Gabriel Hanotaux, «Le Général Mangin», Revue des Deux Mondes, 1925 t. 27.

14 W. P Crozier, «France and her « Black Empire”, New Republic, 23 janvier 1924.

15 David Lloyd George, Memoirs of the Peace Conference, 1939, I, p. 362 et suiv.

16 Les Pays-Bas tentèrent d’exercer la même exploitation brutale de leurs colonies des Indes néerlandaises au nom de la nation après que la défaite de Napoléon les eut restituées à une métropole hollandaise considérablement appauvrie. Contraints de devenir agriculteurs contre leur gré, les indigènes se virent ainsi réduits en esclavage au profit du gouvernement hollandais. Le Max Havelaar, de Multatuli, publié pour la première fois dans les années 1860, visait le gouvernement local et non pas les services étrangers. (Voir Arnold D.A. de Kat Angelino, Colonial Policy, vol.II: The Dutch East Indies, 1931, p.45). Ce système devait bientôt être abandonné et les Indes néerlandaises devinrent pour un temps objet de “l’admiration de toutes les nations colonisatrices “ (Sir Hesketh Bell, ancien gouverneur de l’Ouganda, du Nigéria du Nord, etc., Foreign Colonial Administration in the far East, 1928, 1re partie).

Les méthodes hollandaises ressemblent beaucoup aux méthodes françaises: garantie d’un statut européen pour les indigènes dociles, introduction d’un système scolaire à l’européen et autre procédé d’assimilation progressive. De ce fait, les Hollandais obtinrent le même résultat: la naissance d’un fort mouvement d’indépendance nationale chez les peuples assujettis. Dans cette étude, les impérialismes hollandais et belge ont tous deux été négligés. Le premier est un curieux mélange oscillant entre les méthodes françaises et les méthodes anglaises; le second est l’histoire non pas du développement de la nation belge, ni même de celui de la bourgeoisie belge, mais du rôle personnel du roi des Belges, que nul gouvernement ne contrôlait et qui n’avait de liens avec aucune autre institution. Dans la forme, l’impérialisme belge et l’impérialisme hollandais sont tous deux atypiques. Au cours des années 1880, les Pays-Bas ne se sont pas agrandis, ils se sont contentés de consolider et de moderniser leurs vieilles colonies. Les atrocités sans pareilles commises au Congo belge donneraient par ailleurs une image par trop injuste de ce qui se passait en général dans les possessions d’outre-mer.

17 Ernest Barker, Ideas and Ideals of the British Empire, p.69.

18 Selwyn James, South of the Congo, 1943, p.326.

19 A propos de ces idéaux de jeunesse et de leur rôle dans l’impérialisme britannique, voir chap. VII. La manière dont ils étaient encouragés et exploités est décrite dans le roman de Kipling intitulé Stalky and Compagny, 1899.

20 Ernest Barker, Ideas and Ideals of the British Empire, p.150.

21 Lord Cromer, “The Government of Subject Races”, Edinburgh Review, janvier 1908.

22 Ibid.

23 Le premier érudit à avoir utilisé le terme d’impérialisme pour distinguer clairement entre l’«Empire~ et le «Commonwealth»fut John. A. Hobson. Mais la différence fondamentale entre les deux avait toujours été bien connue. Le principe de « liberté coloniale», par exemple, cher à tous les hommes d’Etat libéraux de Grande-Bretagne d’après la Révolution américaine, ne resta en vigueur que dans la mesure où la colonie était «constituée de Britanniques ou [...] d’un pourcentage de population britannique permettant d’introduire sans risques des institutions représentatives». Voir Robert Livingston Schuyler, The Fall olthe Old Colonial System, p. 236 et suiv. Au XIXe siècle, il faut distinguer trois types de territoires d’outre-mer à l’intérieur de l’Empire britannique: les terres de peuplement, plantations ou colonies, comme l’Australie et autres dominions; les comptoirs commerciaux et possessions, comme l’lnde, enfin les bases militaires, comme le cap de Bonne-Espérance, mises en place dans le but de protéger les premiers. Toutes ces possessions virent leur gouvernement et leur importance politique changer à l’ère de l’impérialisme

24 Ernest Barker, Ideas and Ideals of the British Empire.

25 Sarah Gertrude Millin, Rhodes, p. 175.

26 L’origine de ce malentendu réside probablement dans l’histoire de la domination britannique en Afrique australe, et remonte au temps où les gouverneurs locaux, Cecil Rhodes et Jameson, engagèrent le “gouvernement impérial” de Londres, bien contre son gré, dans la guerre contre les Boers En fait, Rhodes, ou plutôt Jameson, régnait en despote absolu sur un territoire trois fois grand comme l’Angleterre, et qu’on pouvait administrer «sans attendre l’assentiment pincé ou la censure polie d’un Haut-commissaire» représentant un gouvernement impérial qui n’exerçait plus qu’un “contrôle nominal” (Reginald Ivan Lovell, The Struggle for South Africa 1875-1899, 1934, p. 194.) Et ce qui se produit dans les territoires où le gouvernement britannique s’est démis de son autorité au profit d’une population européenne locale totalement privée de la limitation traditionnelle et constitutionnelle propre aux Etats-nations trouve sa meilleure expression dans la tragique histoire de l’Union sud-africaine depuis son indépendance, c’est-à-dire depuis le moment où le gouvernement impérial a cessé d’avoir le droit d’intervenir.

27 Le débat qui eut lieu à la Chambre des communes en mai 1908 entre Charles Dilke et le secrétaire aux Colonies est à cet égard très intéressant. Dilke déconseillait vivement d’accorder l’autonomie aux colonies de la Couronne, alléguant que cela aboutirait à la domination des colons blancs sur leurs travailleurs de couleur. On lui répondit que les indigènes eux aussi étaient représentés à la Chambre des communes anglaise. Voir Goltfried Zoepfl, “Kolonien und Kolonialpolitik”, dans Handworterbuch der Staatswissenschaflen.

28 Lawrence J. Zetland, Lord Cromer, 1932, p. 224. 29.

29 Al. Carthill, The Lost Dominion, p. 41-42, 93

30 Dans un article intitulé “France, Britain and the Arabs” écrit pour The Observer (1920), Thomas

Edward Lawrence a donné la description minutieuse d’un tel exemple de la pacification» au Proche-Orient: “Les Arabes connaissent d’abord le succès, puis les renforts britanniques arrivent en tant que force punitive. Ils se fraient un chemin [...] jusqu’à leur objectif que bombardent pendant ce temps l’artillerie, les avions et les canonnières. Finalement, on détruit peut-être un village, et le district est pacifié. Il est étrange que nous n’utilisions pas de gaz toxiques en de telles circonstances. Bombarder les maisons est une manière coûteuse de contrôler des femmes et des enfants [...]. En attaquant au gaz, on pourrait liquider proprement toute la population des districts récalcitrants, et, comme méthode de gouvernement cela ne serait pas plus immoral que le système actuel. » Voir ses Letters, 1939, p. 311 et suiv. 31.

31 En 1910, par ailleurs, le secrétaire aux Colonies, B. Deraburg, fut contraint de démissionner parce qu’il avait indisposé les colons en protégeant les indigènes. Voir Mary E. Townsend, The Rise and Fall of Germany’s Colonial Empire, 1930, et Paul Leutwein, Kampte um Afrika, 1936.

32 Propos tenus par Léorl Cayla, qui fut gouverneur général de Madagascar et ami de Pétain.

 

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